Bienvenue dans mon monde
sont venus
sont venus
J'ai lu "L'inaperçu" de Sylvie Germain paru en juin 2008.
J'ai lu "Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina Khadra paru en août 2008.
C'est l'histoire de Younes, algérien de 10 ans. Nous sommes en 1936 et il vit dans les bas quartiers d'Oran depuis que sa famille a été expropriée de leurs terres par la pauvreté
et la félonie. Son père, Issa, fier musulman respectueux de la religion et des traditions, n'arrive pas à sortir sa famille de la misère malgré son acharnement au travail mais poursuivit par le
mauvais sort. Alors il décide de confier Younes à son frère aîné, Mahi, devenu un pharmacien aisé d'Oran après avoir quitté très jeune la propriété familiale. Il vit à l'européenne, a épousé
une catholique, Germaine. Younes deviendra donc Jonas.
C'est l'histoire de Jonas, jeune garçon, adolescent, jeune homme puis adulte entre 1936 et 1962, à Oran mais surtout à Rio Salado, village riche de sa communauté (juifs, musulmans, catholiques,
européens, algériens...) et de ses terres à vigne, de ses vergers. C'est l'histoire de sa vie auprès de ses amis, Simon, Jean-Christophe, Fabrice, de ses amours, Isabelle, Emilie, de ses
rencontres marquantes, Jelloul, Ouari... C'est l'histoire d'un enfant puis d'un homme marqué par ses deux cultures, en recherche d'identité dans un pays où elles s'affrontent jusqu'à
l'horreur.
C'est l'histoire de Mahieddine Younes. Nous sommes en 2008. Il est venu d'Algérie à Aix en Provence pour les funérailles d'Emilie et retrouver d'anciens camarades ou amis partis de leur pays,
l'Algérie, en 1962 et exilés en France ou en Espagne pour poursuivre une vie déracinée.
Ce livre est magnifique. Magnifiquement écrit, il narre une histoire douloureuse pour toutes les communautés. Il donne une version humaine et poétique de cette partie de l'Histoire. Il parle de
colonialisme mais aussi d'amour d'un pays, d'une terre. Il parle des conséquences pour les Hommes. Il parle d'Amour et d'Amitié au-delà des clivages de nationalités, de religions, de cultures...
A lire, à lire, à lire!!!
Contrairement à mes habitudes, je vous fais part ici de deux passages que j'ai beaucoup aimé pour leur philosophie poétique:
" - C'est vrai que les Arabes sont paresseux?(...) Je veux
savoir si c'est vrai. Est-ce que les Arabes sont des paresseux?
Mon oncle s'était pris le menton entre le pouce et l'index en me dévisageant. L'heure était grave; il me devait des explications.
Après avoir réfléchi, il s'était mis en face de moi et m'avait dit:
- Nous ne sommes pas paresseux. nous prenons seulement le temps de vivre. Ce qui n'est pas le cas des Occidentaux. Pour eux, le temps c'est de l'argent. Pour nous, le temps ça n'a pas de prix. Un
verre de thé suffit à notre bonheur, alors qu'aucun bonheur ne leur suffit. Toute la différence est là, mon garçon."
"Souvent, dit-il, quand je viens par ici admirer tout ça, je pense aux hommes qui firent de même, il y a trés longtemps, et je me demande ce qu'ils voyaient vraiment. J'essaye d'imaginer ce
territoire à travers les âges et me mets à la place de ce nomade berbère, de cet aventurier phénicien, de ce prédicateur chrétien, de ce centurion romain, de ce précurseur vandale, de ce
conquérant musulman...enfin de tous ces hommes que le destin a conduits par ici et qui se sont arrêtés au sommet de cette colline, exactement à l'endroit où je me tiens aujourd'hui...
Ses yeux revinrent acculer les miens.
- Que pouvaient-ils bien voir d'ici, à ces différentes époques?, me demanda-t-il... Rien... il n'y avait rien à voir, hormis une plaine sauvage infestée de reptiles et de rats, quelques mamelons
bouffés par les herbes folles, peut-être un étang aujourd'hui disparu ou un sentier improbable s'avançant sur tous les dangers...
(...)
Lorsque mon arrière-grand-père a jeté son dévolu sur ce trou de cul, il était certain de mourir avant d'en tirer le moindre profit... Il n'y avait pas une cahute à des lieues à la ronde, pas un
arbre, pas une carcasse de bête que l'érosion aurait blanchie. Mon arrière-grand-père ... a retroussé ses manches,... et s'est mis à sarcler, à défricher, à débourrer la terre à ne plus pouvoir
se servir de ses mains pour couper une tranche de pain.(...) Et grâce à ma famille, Jonas, grâce à ses sacrifices et à sa foi, le territoire sauvage s'est laissé apprivoiser. De génération en
génération, il s'est transformé en champs et en vergers. Tous les arbres que tu vois autour de nous racontent un chapitre de l'histoire de mes parents.
(...)
- Il y a très longtemps, monsieur Sosa, bien avant vous et votre arrière-arrière-grand- père, un homme se tenait à l'endroit où vous êtes. Lorsqu'il levait les yeux sur cette plaine, il ne
pouvait s'empêcher de s'identifier à elle. Il n'y avait pas de routes ni de rails, et les lentisques et les ronces ne le dérangeaient pas. Chaque rivière, morte ou vivante, chaque bout d'ombre,
chaque caillou lui renvoyaient l'image de son humilité. Cet homme était confiant Parce qu'il était libre. Il n'avait, sur lui, qu'une flûte pour rassurer ses chèvres et un gourdin pour
dissuader les chacals. Quand il s'allongeait au pied de l'arbre que voici, il lui suffisait de fermer les yeux pour s'entendre vivre. Le bout de galette et la tranche d'oignon qu'il dégustait
valaient mille festins. Il avait la chance de trouver l'aisance jusque dans la frugalité. Il vivait au rythme des saisons, convaincu que c'est dans la simplicité des choses que résidait l'essence
des quiétudes. C'est parce qu'il ne voulait de mal à personne qu'il se croyait à l'abri des agressions jusqu'au jour où, à l'horizon qu'il meublait de ses songes, il vit arriver le tourment. On
lui confisqua sa flûte et son gourdin, ses terres et ses troupeaux, et tout ce qui lui mettait du baume à l'âme. Et aujourd'hui, on veut lui faire croire qu'il était dans les parages par hasard,
et l'on s'étonne et s'insurge lorsqu'il réclame un soupçon d'égards...Je ne suis pas d'accord avec vous, monsieur. cette terre ne vous appartient pas. Elle est le bien de ce berger d'autrefois
dont le fantôme se tient juste à côté de vous..."
Cette critique n'a de valeur que parce qu'elle est mienne.
J'ai lu "Treize Lunes" de Charles Frazier paru en mars 2009.
C'est l'histoire de Will Cooper.
Orphelin très jeune, à 12 ans il est vendu par son oncle au propriétaire d'un comptoir commercial se trouvant en territoire indien, isolé et en pleine montagne
. Il s'y rendra seul avec son cheval
, et pour tout bagage un manteau trop
grand, un couteau et des explications succinctes. Durant son voyage, il sera la proie facile de bandits sans scrupules.
Une fois installé, sa passion pour la lecture, son intelligence, son amitié pour Bear, chef indien cherokee
d'une petite communauté
vont lui permettre de devenir tour à tour un commerçant
averti, un avocat défenseur de la cause indienne, un colonel à la tête d'une troupe sudiste lors de la guerre de Sécession
, un politicien
, un riche propriétaire terrien
, un homme ruiné et seul et enfin un vieillard attendant
la mort pour retrouver tous les êtres aimés et disparus regardant le train
filé devant sa véranda au milieu de ses chères montagnes
.
Sa vie sera également marquée par Claire dont il tombera amoureux dés son arrivée dans les montagnes. Déjà mariée, Claire partagera avec Will quelques mois de fol amour par trois occasions durant
toute leur vie.Elle restera celle qu'il cherchera et attendra toute son existence.
Bien que narrant une vie mouvementée et pittoresque, ce roman m'a paru parfois ennuyeux et fastidieux. M'imaginant facilement un film à la manière de "Little big man" avec des images de montagne,
de nature mais aussi de guerre, de territoire, de pouvoir, d'amour, de progrès..., le narrateur a laissé place souvent à la réflexion philosophique, politique ou morale plus qu'à la narration
aventureuse. Dommage à mon goût!
Cette critique n'a de valeur que parce qu'elle est mienne.
J'ai lu "La bâtarde d'Istanbul" d'Elif Shafak
paru en mars 2009.
J'ai lu "Le liseur" ('the Reader) de Bernhard Schlink paru en juin 2009.
Cette critique n'a de valeur que parce qu'elle est
mienne.
Vous m'avez dit..